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L’hiver au féminin : les tendances de la saison automne-hiver 2025-2026

Manteaux enveloppants et vestes signature : le retour du vêtement d’extérieur puissant #

La saison automne-hiver 2025-2026, présentée à Paris début mars 2025, a remis le vêtement d’extérieur au centre du vestiaire féminin. Le fait marquant de ces défilés n’est toutefois pas une silhouette : c’est un changement de génération à la tête des maisons. Chez Dries Van Noten, Julian Klausner a présenté sa première collection femme le 5 mars 2025 au Palais Garnier ; le fondateur s’était retiré en juin 2024, à 66 ans, et Klausner — diplômé de La Cambre en 2016, passé par Maison Margiela, entré dans la maison en 2018 — avait été nommé en décembre 2024. Deux jours plus tard, le 7 mars 2025, Sarah Burton signait sa première collection pour Givenchy, au 3 avenue George V, siège de la maison depuis 1955.

La silhouette structurée — épaules marquées, taille reprise, volumes empruntés aux années 1980 — traverse effectivement la saison, et le manteau long ceinturé reste la pièce qui porte cette écriture. Nous décrivons ici une tendance générale de saison, et nous le disons franchement : nous n’avons pas de compte rendu de défilé nous permettant d’attribuer telle pièce précise à telle maison. Une mise au point s’impose en revanche sur la fourrure, souvent présentée comme « omniprésente » sur ces podiums : chez la plupart des maisons citées, la fourrure animale est tout simplement interdite par leur propre politique. Ce n’est pas un choix d’esthète, c’est une règle d’entreprise.

  • Kering (Saint Laurent, Gucci, Balenciaga, Bottega Veneta, Brioni) : plus aucune fourrure animale à partir des collections automne 2022.
  • Groupe Prada (Prada, Miu Miu, Church’s, Car Shoe) : politique fur-free annoncée en février 2020, avec adhésion au Fur Free Retailer Program.
  • Valentino a cessé la fourrure en 2022 et fermé sa filiale fourrure milanaise, Polar. Giorgio Armani l’avait fait dès 2016, Dolce & Gabbana en 2022.
  • Conséquence concrète pour l’acheteuse : sur ces maisons, un col « fourrure » d’hiver 2025-2026 est nécessairement une fausse fourrure.

Matières sensorielles et jeux de textures : le plaisir tactile au cœur de la garde-robe #

L’hiver 2025-2026 est une saison de matières plus que de coupes : velours sur les pantalons et les vestes, laine épaisse, cachemire en pulls amples, ponchos et écharpes surdimensionnées, superpositions assumées. Là encore, la matière la plus documentée n’est pas la plus spectaculaire, c’est la plus traçable. Le cachemire recyclé en est le meilleur exemple : Stella McCartney n’utilise que du cachemire recyclé depuis 2016, via la plateforme italienne Re.Verso™, qui régénère des déchets pré-consommation dans trois filatures italiennes (Nuova Fratelli Boretti, Green Line, Lanificio Stelloni), pour un impact annoncé environ 92 % inférieur à celui du cachemire vierge.

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Un point de vigilance, parce qu’il circule beaucoup : Re.Verso™ n’est pas une exclusivité. C’est une plateforme textile ouverte, utilisée par plusieurs marques — l’attribuer à une seule maison est une erreur fréquente. Autre repère utile de la saison : la collection automne-hiver 2025 de Loewe a été la dernière de Jonathan Anderson, arrivé en septembre 2013 et parti le 17 mars 2025 ; elle n’a d’ailleurs pas été défilée mais montrée sous forme de présentation en dix-sept salles à l’Hôtel de Maisons, en collaboration avec la Josef and Anni Albers Foundation. La maison est depuis dirigée par Jack McCollough et Lazaro Hernandez.

  • Cachemire recyclé Re.Verso™ : déchets pré-consommation, filature et transformation en Italie, chaîne tracée de bout en bout.
  • Velours et maille épaisse : les deux matières qui portent le volume de la saison, en pantalon comme en pull.
  • Le layering (robe longue en maille sous cardigan, pull ample sur jupe) reste le moyen le plus simple d’ajuster la chaleur sans changer de garde-robe.

Couleurs d’hiver et imprimés narratifs : affirmer sa personnalité par le style #

Sur la couleur, nous préférons donner un seul repère vérifiable plutôt qu’une liste de palettes attribuées au hasard. La collection Dries Van Noten automne-hiver 2025-2026 de Julian Klausner, la mieux documentée de celles que nous avons pu recouper, se lit dans une gamme de noir, orange brique, prune, violet et vert foncé — des teintes profondes, chaudes, plus vineuses que franchement rouges. Le vestiaire y était volontairement fluide : robes du soir, pantalons cigarette, gros pulls en maille, avec quelques clins d’œil au monde de la danse (une ceinture-corset, des chaussures à talon court).

Faut-il en déduire que « le bourgogne domine la saison » ? Nous ne l’écrirons pas, parce que nous n’avons pas de relevé de collections qui l’établisse. Ce que l’on peut dire sans se tromper, c’est que les teintes profondes (prune, brique, vert sombre) et les neutres chauds (crème, blanc cassé, camel) sont les deux familles qui se combinent le plus facilement en hiver, et qu’un imprimé — floral hivernal, rayure graphique, motif abstrait — tient lieu de signature personnelle bien plus sûrement qu’une couleur « de la saison ».

  • Gamme relevée chez Dries Van Noten (AH 2025-26) : noir, orange brique, prune, violet, vert foncé.
  • Neutres chauds (crème, blanc cassé, camel) : la base la plus rentable d’un vestiaire d’hiver, parce qu’elle survit aux saisons.
  • Un imprimé, pas trois : un seul motif fort par tenue suffit à porter l’ensemble, le reste en aplats.

Fluidité, transparence et sensualité : la féminité réinventée #

La saison fait cohabiter deux registres opposés : la carrure du manteau et la légèreté de ce qui se porte dessous. Robes longues vaporeuses, jupes en mousseline superposées à des lainages, corsages en dentelle, robes-nuisettes satinées : ces pièces d’allure estivale s’hivernisent par la superposition, pas par la matière. Chez Givenchy, Sarah Burton a pris l’autre chemin, documenté celui-là : elle a construit sa première collection autour du tailleur et du mannequin d’atelier estampillé « GIVENCHY 1952 », en faisant dialoguer constructions masculines et formes féminines.

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Ici encore, nous nous interdisons l’attribution facile. Dire « la dentelle ajourée, vue chez telle maison » suppose d’avoir consulté le compte rendu du défilé concerné : nous ne l’avons pas fait, donc nous ne le disons pas. Ce qui reste vrai et utile pour s’habiller : la transparence fonctionne en hiver par contraste, c’est-à-dire adossée à une pièce dense — un manteau structuré, un lainage épais, une botte haute — et jamais seule. C’est ce contraste qui fait tenir l’ensemble, pas le degré de transparence lui-même.

  • Givenchy AH 2025-26 (première collection de Sarah Burton, 7 mars 2025) : axe tailleur, construction, héritage d’atelier.
  • Règle de contraste : une pièce transparente se porte avec une pièce dense, sinon la silhouette se délite.
  • Superposition plutôt que substitution : la mousseline et la maille se portent ensemble, elles ne se remplacent pas.

Responsabilité et éthique : vers une mode hivernale engagée #

C’est le terrain où les affirmations se vérifient le mieux — et où les erreurs circulent le plus. Commençons par en corriger une, que l’on lit partout, y compris dans une version antérieure de cet article : le « cuir de pomme » n’est pas une innovation de Nanushka. La matière alternative maison de Nanushka s’appelle OKOBOR™ et se compose de 56 % de polyester recyclé et 44 % de polyuréthane, produite par un procédé sec certifié GRS et introduite à partir de la collection pré-automne-hiver 2022. Elle ne contient pas de pomme.

Le cuir de pomme existe bel et bien, mais il porte un autre nom et vient d’ailleurs : AppleSkin™, marque déposée de la société italienne Frumat, fondée en 2008 à Bolzano, dans le Tyrol du Sud. Il est fabriqué à partir des déchets de l’industrie du jus de pomme — pelures, trognons, pulpe — qui représentent selon la texture recherchée 20 à 50 % de la matière, le reste étant du polyuréthane sur un support coton-polyester ; la production est italienne (Bolzano et Florence). La leçon vaut au-delà de ce cas : sur une allégation matière, le fait est souvent exact et c’est l’émetteur qui est faux. Vérifier le nom de la marque de matière, pas seulement l’idée.

  • OKOBOR™ (Nanushka) : 56 % polyester recyclé, 44 % polyuréthane, procédé sec certifié GRS. Sans pomme.
  • AppleSkin™ (Frumat, Bolzano, depuis 2008) : 20 à 50 % de résidus de pomme issus de l’industrie du jus, sur support coton-polyester.
  • Re.Verso™ : cachemire régénéré à partir de déchets pré-consommation, trois filatures italiennes, utilisé par Stella McCartney depuis 2016.
  • Traçabilité pièce par pièce : Sézane publie, pour chaque modèle, les pays de filature, de teinture et de confection — l’essentiel de sa maille est fait en Europe, une part importante au Portugal, certaines pièces en France. C’est cette fiche, et non une mention générique, qui fait foi.

Ce que nous n’avons pas pu vérifier #

Par honnêteté, et parce qu’un article de tendances se prête particulièrement à l’attribution approximative, voici ce que nous avons volontairement retiré faute de source. Mieux vaut un trou signalé qu’une attribution inventée.

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  • Les attributions de looks précis à des maisons (« manteau ceinturé vu chez X », « total look bourgogne chez Y », « collants en dentelle chez Z ») : nous n’avons pas consulté les comptes rendus de défilés correspondants, donc nous ne les reprenons pas.
  • Loewe et le « trench technique sportswear » : la collection automne-hiver 2025 de la maison n’a pas été défilée mais présentée, et elle était construite avec la Josef and Anni Albers Foundation. L’affirmation ne tient pas.
  • « Un pull Sézane tricoté dans un atelier familial français » : la marque publie ses pays de fabrication modèle par modèle, mais nous n’avons pu rattacher cette mention à aucune pièce identifiable.
  • « Un porte-monnaie Sessùn confectionné par des coopératives artisanales marocaines » : nous n’avons trouvé ni confirmation ni démenti à la source. En l’absence de vérification, nous ne le présentons pas comme un fait.
  • Une donnée de contexte à garder en tête : cet article porte sur la saison automne-hiver 2025-2026, montrée à Paris en mars 2025. Les collections présentées depuis relèvent d’une autre saison.

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